L’effet Matilda, ou l’histoire à moitié racontée
La photographie qui illustre ce chapitre montre une star hollywoodienne des années 1940. Hedy Lamarr n’y figure pourtant pas pour son cinéma : en 1942, elle dépose un brevet qui deviendra, des décennies plus tard, l’un des fondements du Wi-Fi et du Bluetooth. Son nom reste absent de la plupart des récits sur l’histoire de l’informatique, qui mettent en scène presque exclusivement des hommes.
Ce biais a un nom : l’effet Matilda, la tendance systématique à minimiser ou à attribuer à des hommes les contributions scientifiques des femmes. Le phénomène est théorisé en 1993 par l’historienne des sciences Margaret W. Rossiter, en référence à la militante Matilda Joslyn Gage, elle-même effacée de son vivant au XIXe siècle (source : Effet Matilda, Wikipédia). L’histoire du numérique n’y échappe pas : programmeuses, mathématiciennes et ingénieures y ont tenu un rôle central, souvent minoré ou tout simplement omis des manuels.
Ce chapitre propose sept portraits qui maillent les grandes étapes de ce cours, puis un répertoire de près de 90 actrices et acteurs du numérique, à explorer et à compléter.
Sept portraits
Ada Lovelace (1815-1852). Mathématicienne britannique, fille du poète Lord Byron. En 1843, elle traduit et annote un article sur la machine analytique de Charles Babbage : ses notes contiennent ce qui est considéré comme le premier programme informatique jamais publié, pensé pour calculer les nombres de Bernoulli. Vous l’avez croisée au chapitre 3, aux origines du traitement automatique de l’information.
Alan Turing (1912-1954). Mathématicien britannique, il théorise en 1936 la machine universelle qui porte son nom, fondement théorique de l’informatique moderne. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il contribue au déchiffrement du code Enigma à Bletchley Park. Condamné en 1952 pour homosexualité, il meurt en 1954 ; le Royaume-Uni le gracie en 2013. Retrouvez-le lui aussi au chapitre 3.
Grace Hopper (1906-1992). Informaticienne et officière de la marine américaine. En 1952, elle conçoit l’A-0, un programme qui traduit un code source en langage machine : le premier compilateur. Elle contribue ensuite au langage COBOL et popularise le terme « bug » informatique. Une figure tutélaire d’une discipline où les femmes ont longtemps occupé une place centrale, avant d’en être progressivement écartées.
Hedy Lamarr (1914-2000). Actrice austro-américaine, photographiée en bannière de ce chapitre. En 1942, elle dépose avec le compositeur George Antheil un brevet d’étalement de spectre par saut de fréquence, conçu pour guider des torpilles sans brouillage. Ce principe technique, redécouvert des décennies plus tard, irrigue aujourd’hui le Wi-Fi, le Bluetooth et le GPS.
Margaret Hamilton (née en 1936). Informaticienne américaine, elle dirige en 1969 l’équipe qui écrit le logiciel de guidage embarqué des missions Apollo, dont Apollo 11. Elle popularise l’expression « software engineering » pour légitimer une discipline alors jugée secondaire face au matériel.
Tim Berners-Lee (né en 1955). Informaticien britannique, il propose en 1989 au CERN le World Wide Web, un système d’hypertexte consultable via Internet. Il développe le premier navigateur et le premier serveur web, puis fonde le World Wide Web Consortium (W3C) pour en maintenir les standards ouverts. La naissance du Web est racontée au chapitre 5.
Roland Moreno (1945-2012). Inventeur français, il dépose en 1974 le brevet fondateur de la carte à puce, un composant électronique qui stocke et sécurise des données. Sa carte à mémoire devient la base des cartes bancaires, des cartes SIM et de la carte Vitale : une figure française trop souvent absente des récits centrés sur la Silicon Valley.
Quelle actrice hollywoodienne a co-inventé une technique aujourd'hui à la base du Wi-Fi ?
Voir la réponse
Réponse : B. Hedy Lamarr dépose en 1942, avec le compositeur George Antheil, un brevet d’étalement de spectre par saut de fréquence. Cette technique militaire, redécouverte plus tard, sert aujourd’hui de fondement au Wi-Fi, au Bluetooth et au GPS.
Source : Hedy Lamarr, Wikipédia, 2026.
Qui a écrit le premier compilateur informatique ?
Voir la réponse
Réponse : A. Grace Hopper conçoit en 1952 l’A-0, un programme qui traduit un code source en langage machine : le premier compilateur de l’histoire.
Source : Grace Hopper, Wikipédia, 2026.
Le répertoire
Cette liste non exhaustive rassemble près de 90 actrices et acteurs qui ont fait, et font encore, le secteur du numérique. Elle sert de point de départ pour explorer, nom par nom, l’histoire de l’informatique et du web.
- A
- Martine Abbou
- Marc Andreessen
- B
- Dona Bailey
- John Bardeen
- Alexander Graham Bell
- Tim Berners-Lee
- Pierre Bézier
- Jeff Bezos
- Julia Bijaoui
- George Boole
- Kathleen Booth
- Richard Branson
- Vannevar Bush
- Nolan Bushnell
- C
- John Carmack
- Vint Cerf
- Julie Chapon
- Mary Coombs
- Yseulys Costes
- Marie Curie
- Jessica Curry
- D
- Delia Derbyshire
- Edsger Dijkstra
- Jack Dorsey
- F
- Clémence Franc
- G
- Sophie Germain
- François Gernelle
- Adele Goldberg
- H
- Wendy Hall
- Margaret Hamilton
- Herman Hollerith
- Grace Hopper
- I
- Anne Marie Imafidon
- J
- Joseph-Marie Jacquard
- Aurélie Jean
- Katherine Johnson
- Steve Jobs
- K
- Travis Kalanick
- Susan Kare
- Mary Kenneth Keller
- Brian Kernighan
- Jack Kilby
- Gary Kildall
- Sofia Kovalevskaïa
- L
- Hedy Lamarr
- Jaron Lanier
- Céline Lazorthes
- Gottfried Leibniz
- Lawrence Lessig
- Ada Lovelace
- M
- Marissa Mayer
- John McCarthy
- Gordon Moore
- Roland Moreno
- Elon Musk
- N
- Satoshi Nakamoto
- Xavier Niel
- O
- Tim O’Reilly
- P
- Larry Page
- Karen Palmer
- Blaise Pascal
- Fany Péchiodat
- Radia Perlman
- Maria Petrou
- S
- Claude Shannon
- Carol Shaw
- Stephanie Shirley
- Mark Shuttleworth
- Edward Snowden
- Karen Spärck Jones
- Richard Stallman
- Dina St. Johnston
- Bjarne Stroustrup
- Aaron Swartz
- T
- Lisette Titre-Montgomery
- Linus Torvalds
- Alan Mathison Turing
- V
- Roxanne Varza
- Sophie Viger
- John Von Neumann
- W
- Mary Allen Wilkes
- Sophie Wilson
- Beatrice Worsley
- Steve Wozniak
- Z
- Philip Zimmermann
- Sajida Zouarhi
- Mark Zuckerberg
- Konrad Zuse
Annexe : Bibliographie, pour aller plus loin →
← Chapitre précédent : Des réseaux sociaux aux « Social Medias »
