Avant d’être un bouton “Ajouter” sur un écran, le réseau social est un concept des sciences sociales, plus ancien qu’Internet. Ce chapitre retrace ce chemin : de la notion académique aux plateformes que vous utilisez, puis de la question, encore ouverte, d’un éventuel “Web 3.0”.
Le réseau social avant le numérique
En sciences humaines et sociales, un réseau social désigne un agencement de liens entre des individus et des organisations qui forme un groupement porteur de sens : une famille, des collègues, un groupe d’amis, une communauté professionnelle.
On attribue généralement la formalisation académique de cette notion à l’anthropologue britannique John Arundel Barnes, qui l’a employée en 1954 dans une étude sur un village de pêcheurs norvégien pour décrire des liens qui ne relevaient ni du groupe familial, ni de la classe sociale, ni de l’entreprise. C’est ce travail qui a ouvert la voie à l’analyse des réseaux sociaux comme discipline à part entière.
Avec l’essor d’Internet puis du Web, ces groupements se sont progressivement appuyés sur des outils en ligne pour communiquer, échanger et partager. Ce web social s’est construit sur le web de l’information et le web documentaire qui l’avaient précédé.
Source : Réseau social, Wikipédia · John Arundel Barnes, Wikipédia.
Des réseaux sociaux numériques aux médias sociaux
Un réseau social numérique (RSN) est la traduction technique de cette notion sociologique : une application qui connecte des profils d’utilisateurs et rend visibles leurs liens. Les médias sociaux, au sens large, recouvrent une famille plus vaste d’applications web qui permettent la création et la publication de contenus par les personnes elles-mêmes, et qui construisent des réseaux en ligne en connectant ces profils entre eux.
Sous ce terme cohabitent des formats très différents : blogs, wikis, forums, applications de messagerie, réseaux sociaux numériques au sens strict, sur toutes sortes de sujets. Beaucoup de ces services se sont d’abord appuyés sur des flux de syndication web comme RSS ou Atom, qui permettaient de suivre la publication de nouveaux contenus sans revisiter chaque site un par un : c’est l’un des maillons techniques qui a rendu possible la circulation rapide de l’information sur laquelle reposent ensuite les plateformes sociales.
Source : Flux RSS, Wikipédia · Atom Syndication Format, Wikipédia.
Une chronologie courte des grandes plateformes
Quelques repères, volontairement datés et sourcés, pour situer les services que vous connaissez :
- 1997 : Sixdegrees.com est souvent cité comme le premier site à réunir les fonctions constitutives d’un réseau social moderne (profil, liste d’amis, navigation dans le réseau de ses contacts).
- 2002 et 2003 : Friendster (2002) puis MySpace (2003) popularisent le modèle auprès du grand public, avec une forte dimension musicale et de personnalisation pour MySpace.
- 2004 : Facebook est lancé, d’abord réservé aux étudiants de Harvard avant de s’ouvrir progressivement à tous.
- 2006 : Twitter introduit le microblogage public en temps réel.
- 2010 : Instagram mise sur le partage de photos et lance le format qui deviendra dominant sur mobile.
- 2016 : Douyin, la version chinoise de TikTok, est lancée par ByteDance ; l’application internationale TikTok en découle ensuite.
Cette chronologie n’a rien d’anecdotique : chaque plateforme a normalisé un nouveau format d’interaction (le profil, le fil, le retweet, le format carré, la vidéo courte verticale) qui a ensuite été copié par l’ensemble du secteur.
Sources : Sixdegrees.com, Wikipédia · Friendster, Wikipédia · Myspace, Wikipédia · Facebook, Wikipédia · Twitter, Wikipédia · Instagram, Wikipédia · Douyin, Wikipédia · TikTok, Wikipédia.
Qui a formalisé la notion de réseau social, et quand ?
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Réponse : B. L’anthropologue britannique John Arundel Barnes a employé le terme “réseau social” en 1954, cinquante ans avant Facebook.
Source : John Arundel Barnes, Wikipédia, consulté en 2026.
Le “Social Media” comme activité
Le terme “Social Media” désigne moins un outil qu’une activité : celle qui intègre la technologie, l’interaction sociale et la création de contenu par les utilisateurs. Publier, commenter, partager, “liker” : chacun de ces gestes est à la fois une pratique sociale et une donnée exploitée par la plateforme.
Cette activité s’inscrit dans ce que l’on nomme l’économie de l’attention : un modèle où l’attention des utilisateurs devient elle-même une ressource rare, captée puis revendue, essentiellement sous forme de publicité ciblée. Les mécanismes de recommandation qui alimentent les fils d’actualité sont conçus pour maximiser ce temps d’attention, un sujet que nous creusons dans le chapitre sur les algorithmes de recommandation. Comprendre qui est connecté à qui, et comment l’information circule dans ces réseaux, est aussi l’objet de notre outil de cartographie des réseaux d’influence.
Source : Économie de l’attention, Wikipédia.
Vers le Web 3.0 ?
Deux notions très différentes se cachent souvent derrière la même expression “Web 3.0”, et la confusion est fréquente.
La première est le web sémantique, porté depuis les années 2000 par Tim Berners-Lee, l’inventeur du World Wide Web, et normalisé par le W3C. L’idée : structurer les données du web pour qu’elles soient compréhensibles par des machines et non plus seulement affichées pour des humains, afin de faciliter le croisement et la réutilisation de l’information.
La seconde est le “web3”, un projet plus récent porté par une partie de l’écosystème des cryptomonnaies, qui vise un web décentralisé reposant sur la blockchain, les jetons numériques et des organisations autonomes. Ce projet reste débattu, y compris quant à son degré réel de décentralisation.
Ces deux visions n’ont pas grand-chose en commun au-delà du nom. À ce stade, aucune des deux ne s’est imposée comme la suite évidente et consensuelle du web actuel : la prudence reste de mise face à toute annonce d’un “Web 3.0” présenté comme acquis.
Sources : Web sémantique, W3C · Web sémantique, Wikipédia · Web3, Wikipédia.
Web 3.0 sémantique et web3 blockchain, est-ce la même chose ?
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Réponse : B. Le web sémantique, porté par Tim Berners-Lee et le W3C, vise à structurer les données pour les machines. Le web3, porté par l’écosystème blockchain, vise une décentralisation via cryptomonnaies et jetons. Deux projets différents, souvent confondus sous le même nom.
Source : Web3, Wikipédia, consulté en 2026.
