Histoire des stockages de l'information

Chapitre 2 · De la tablette d'argile au cloud

De la tablette d’argile au cloud

L’humanité entre dans l’Histoire avec l’invention de l’écriture, vers 3300 av. J.-C. en Mésopotamie, sous la forme de l’écriture cunéiforme. Cette invention permet, pour la première fois, de sauvegarder et de transmettre une information dans le temps sans dépendre de la seule mémoire orale. Pour en savoir plus : Histoire de l’écriture, Wikipédia.

Nous savons encore déchiffrer avec précision les informations gravées sur ces tablettes d’argile : inventaires de têtes de bétail, preuves d’échanges commerciaux, titres de possession. L’écriture servait probablement aussi à des usages cultuels et mémoriels.

D’autres supports ont traversé les siècles sans livrer tous leurs secrets. C’est le cas des quipus incas, ces assemblages de cordelettes nouées, encore aujourd’hui largement indéchiffrables en dehors de quelques correspondances établies avec la position d’étoiles dans le ciel nocturne.

Peut-on aujourd'hui lire intégralement le contenu des quipus incas ?

  • A. Oui, ils ont été entièrement déchiffrés
  • B. Non, ils restent largement indéchiffrables
  • C. Ils ne contiennent que des dessins
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Réponse : B. Les quipus, assemblages de cordelettes nouées utilisés par les Incas, restent aujourd’hui en grande partie indéchiffrables. Seules quelques correspondances ont pu être établies, notamment avec des positions astronomiques.

Source : Quipu, Wikipédia, 2026.

Frise chronologique des grands supports de stockage de l’information, d’un point de vue occidental : tablette d’argile, papyrus, parchemin, papier, carte perforée, bande magnétique, disque optique, stockage flash

Cette multiplication des supports traduit une même volonté humaine : sauvegarder et transmettre, de façon pérenne et exhaustive, les éléments structurants de nos sociétés. Elle répond aussi à des enjeux de communication à distance aux objectifs très variés, commerciaux, diplomatiques ou sentimentaux.

Des progrès techniques au service de besoins de communication grandissants

À partir du XVe siècle en Occident, l’imprimerie supplante rapidement les moines copistes et leurs parchemins. Les capacités d’édition et de duplication qu’elle apporte entraînent une diffusion beaucoup plus large des savoirs de l’époque, en particulier religieux, avec la circulation massive de la Bible.

Ce progrès s’accompagne, peu à peu, d’une démocratisation de l’instruction, qui ouvre la voie à la diffusion de connaissances dans d’autres domaines. Les idées de la Réforme, puis celles du siècle des Lumières, se diffusent ainsi plus vite et deviennent le catalyseur d’avancées sociales et politiques majeures.

D’autres supports physiques apparaissent à partir du XIXe siècle : plaques de verre pour les premières épreuves photographiques, nitrate de cellulose pour les pellicules souples du cinématographe, cylindre métallique puis disque en caoutchouc vulcanisé pour les micro-sillons et le futur vinyle. Le papier, lui, reste le principal support de stockage de l’information, avec l’encodage binaire sur carton perforé et l’impression chimique de la photographie noir et blanc.

La carte perforée, support de l’informatique pendant près d’un siècle

Apparue sur les métiers à tisser semi-automatiques et mise au point par Joseph Marie Jacquard en 1801, la carte perforée n’évolue ensuite qu’à la marge. Elle est reprise pour le recensement américain de 1890, où la machine à statistiques d’Herman Hollerith permet de dépouiller les données bien plus vite qu’à la main. Elle devient ainsi le support de l’informatique jusque dans les années 1980, sous sa forme la plus répandue au XXe siècle : la carte à 80 colonnes d’IBM.

Quelle invention de 1801 a directement inspiré les débuts de l'informatique ?

  • A. Le métier à tisser de Jacquard
  • B. La machine à calculer de Pascal
  • C. Le télégraphe de Chappe
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Réponse : A. Le métier à tisser semi-automatique de Joseph Marie Jacquard utilise dès 1801 des cartes perforées pour piloter le tissage de motifs. Ce principe d’encodage binaire sera repris un siècle plus tard par les pionniers de l’informatique.

Source : Joseph Marie Jacquard, Wikipédia, 2026.

Quel support a dominé l'informatique pendant près d'un siècle ?

  • A. La bande magnétique
  • B. La carte perforée
  • C. Le disque optique
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Réponse : B. Du recensement américain de 1890, dépouillé grâce à la machine à statistiques d’Herman Hollerith, jusqu’aux années 1980, la carte perforée reste le principal support d’entrée et de traitement des données en informatique.

Source : The Hollerith Tabulator, US Census Bureau, 2026.

Des progrès dans la miniaturisation et l’agrandissement d’images permettent ensuite le stockage sur plaque de verre ou microfilm, avec des capacités bien supérieures dans un même espace. Leur usage reste toutefois cantonné à l’archivage.

Avec l’essor de l’électricité et du magnétisme, puis l’apparition des premiers ordinateurs personnels, de nouveaux supports numériques voient le jour : tambours, bandes et disques magnétiques (disques durs, cassettes, VHS), disques optiques (CD, MiniDisc), stockage électronique (mémoire flash, cartes mémoire, clés USB). Les capacités de stockage s’envolent, les coûts s’effondrent, et la numérisation gagne tous les usages.

Un volume d’informations en croissance continue

Le développement des techniques de communication modernes, l’explosion des médias, la multiplication des échanges commerciaux et la volonté d’archiver les connaissances font exploser les volumes de données créées, diffusées et stockées.

Dans un contexte professionnel ou scientifique (prospective économique, gestion de flux financiers, analyse de données comportementales, recherche expérimentale), ces nouveaux supports dématérialisés de données brutes ou semi-structurées présentent des qualités inédites : accessibles de partout, disponibles à chaque instant, continuellement mis à jour, à la capacité quasiment illimitée.

C’est le vocabulaire du big data : des jeux de données, ou datasets, immergés dans des lacs de données, ou datalakes, hébergés dans le cloud.

Pérennité des supports de stockage

Cette dématérialisation du support physique pose question, pour notre histoire individuelle comme pour l’Histoire collective.

À titre personnel, avec la généralisation de nos usages numériques (communication, achats) et l’omniprésence du smartphone, l’essentiel des données que nous produisons est stocké de façon de plus en plus virtuelle, dans des clouds personnels ou sur des supports à la durée de vie limitée. Cette dématérialisation nous expose aussi davantage aux menaces de cybersécurité : rançongiciels, vol ou perte de smartphone, usurpation d’identité. Pour s’en prémunir, l’État met à disposition cybermalveillance.gouv.fr, la plateforme nationale d’assistance aux victimes d’actes de cybermalveillance.

La conservation des données est aussi soumise à un autre risque, celui de la lisibilité dans le temps des formats et des supports eux-mêmes. Les supports numériques successifs ont souvent été conçus dans des contextes de démocratisation rapide des usages, or les années peuvent gravement dégrader leur stabilité et leur lisibilité. Avec la disparition des lecteurs de disquettes et de CD-Rom sur les ordinateurs personnels, des magnétoscopes dans les foyers, ou l’arrêt du développement de certains logiciels et formats propriétaires, il devient parfois impossible d’accéder aux données stockées sur d’anciens supports.

Il en résulte, pour le grand public, une perte de mémoire personnelle potentiellement importante. Nous en parlions déjà à propos des outils de partage de connaissance en entreprise : on a déjà un wiki explore pourquoi la mémoire collective se perd aussi vite qu’elle se numérise.

Dans un contexte social et historique plus large, la question de l’archivage et de l’accès pérenne à très long terme devient d’autant plus centrale. Les politiques de numérisation des archives, pilotées par des acteurs différents, dans des contextes techniques et des périodes hétérogènes, produisent des supports, formats et résolutions très éloignés d’une quelconque uniformité, avec à la clé des difficultés d’accessibilité, de mise à disposition et de standardisation. Ces enjeux de cartographie de la connaissance rejoignent ceux, plus réglementaires aujourd’hui, de la conformité NIS2 et de l’AI Act : voir NIS2, AI Act : cartographier sa connaissance.


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