Le Web 2.0 et après : d’un système de publication aux plateformes sociales

Chapitre 6 · Quand le web devient plateforme

Le Web imaginé par Tim Berners-Lee au CERN reste, à l’origine, un simple système de publication : des documents reliés entre eux par des liens hypertextes, à consulter. Dans les années 1990, le nombre de sites explose et de nouveaux usages apparaissent, portés par une vague d’entreprises qui se lancent sur ce nouveau marché. La spéculation boursière autour de ces jeunes pousses technologiques s’emballe, avant de s’effondrer brutalement.

Mars 2000 : la bulle Internet éclate

En mars 2000, l’indice technologique NASDAQ atteint son pic avant de s’effondrer : il perdra environ 78 % de sa valeur jusqu’à son point bas d’octobre 2002. De nombreuses jeunes entreprises non rentables disparaissent, entraînant avec elles les investisseurs qui les avaient soutenues.

Trois causes principales expliquent cet échec :

  • Les usages ne suivent pas. La fracture entre développeurs et utilisateurs grand public reste large, et les usages commerciaux ne décollent pas encore : le marché n’est pas prêt.
  • Les données deviennent la clé. Relier des documents entre eux ne suffit plus. Il faut désormais structurer les contenus en bases de données pour les réutiliser à grande échelle, et bâtir sur elles de futurs services rentables.
  • Il manque des infrastructures solides. Contrairement au Web, pensé dès l’origine comme décentralisé et indépendant des États et des opérateurs, le commerce électronique a besoin d’architectures robustes pour gérer la masse de données disponibles.

Le contre-exemple français : le Minitel. Lancé en juillet 1980 par les télécommunications françaises, il démontre très tôt les usages du commerce électronique. En 2000, il compte encore près de 25 millions d’utilisateurs pour un parc de 9 millions de terminaux, avant d’être définitivement arrêté le 30 juin 2012. Mais son modèle reste centralisé par l’État et facturé à la consommation sur la facture téléphonique : l’inverse des principes du Web.

Source : article « Minitel », Wikipédia, consulté en 2026.

Entre son pic de mars 2000 et son point bas d'octobre 2002, l'indice technologique NASDAQ perd environ...

  • A. 20 % de sa valeur
  • B. 50 % de sa valeur
  • C. 78 % de sa valeur
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Réponse : C. L’indice NASDAQ-100, qui concentrait la plupart des valeurs technologiques cotées, tombe à 1 114 points le 9 octobre 2002, contre son pic de mars 2000 : une perte d’environ 78 %.

Source : Dot-com bubble, Wikipédia (en anglais), consulté en 2026.

Les principes du Web 2.0 selon O’Reilly

Il faut attendre la première conférence Web 2.0, organisée en 2004 par O’Reilly Media et MediaLive, pour voir le terme se doter d’une définition. Tim O’Reilly la formalise dans un article de référence publié le 30 septembre 2005, autour de sept principes. Trois d’entre eux structurent tout ce qui suit : le web devient une plateforme de services plutôt qu’un simple support de publication, l’intelligence collective des utilisateurs améliore le service à mesure que le nombre d’utilisateurs augmente (Wikipédia en est l’exemple le plus cité), et surtout, la puissance ne réside plus dans le logiciel mais dans les données qu’il accumule.

Capture d’écran de l’article fondateur du Web 2.0 écrit par Tim O’Reilly Article fondateur du Web 2.0, publié le 30 septembre 2005 sur oreilly.com

Selon les principes du Web 2.0 formulés par Tim O'Reilly en 2005, où se situe la véritable valeur d'un service en ligne ?

  • A. Dans le logiciel et son code source
  • B. Dans les données que le service accumule
  • C. Dans le design de l'interface
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Réponse : B. Pour O’Reilly, la valeur durable d’un service Web 2.0 n’est pas dans la technologie, reproductible, mais dans les données qu’il accumule au fil de son usage : ce capital de données devient difficile à concurrencer.

Source : What Is Web 2.0, Tim O’Reilly, O’Reilly Media, 30 septembre 2005.

Du social au Big Data

Portées par ces principes, les plateformes de blogs puis les premiers réseaux sociaux facilitent la publication de textes, d’images et de commentaires par le plus grand nombre. Leur modèle économique repose sur la gratuité d’accès en échange d’une exposition à la publicité, financée par la structuration des données d’usage en profils publicitaires toujours plus précis.

Cette croissance suit celle des connexions : ADSL puis fibre pour le fixe, 3G puis 4G pour le mobile, et la généralisation du smartphone.

Graphique présentant le taux d’équipement des foyers français en matériel numérique et de communication Évolution du taux d’équipement des foyers français

Source : CREDOC, Baromètre du numérique, édition 2023 (enquête annuelle pour l’Arcep et l’Agence nationale de la cohésion des territoires).

Fin 2024, environ deux tiers de la population mondiale (68 %) sont connectés à Internet. Chaque usage laisse une trace : temps passé, localisation, applications installées, caractéristiques de l’appareil. Ce flux continu de données comportementales devient si stratégique qu’en 2006, le data scientist britannique Clive Humby forge une formule devenue un lieu commun du secteur : « data is the new oil », les données sont le nouveau pétrole.

Sources : Facts and Figures 2024, UIT (ITU), 27 novembre 2024 · Clive Humby, Wikipédia (en anglais), consulté en 2026.

Sur un réseau social gratuit, ce que l'utilisateur ou l'utilisatrice paie réellement en échange de l'accès, c'est surtout...

  • A. Rien, le service est financé uniquement par les investisseurs
  • B. Ses données comportementales, collectées et valorisées
  • C. Un abonnement caché prélevé une fois par an
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Réponse : B. La chercheuse Shoshana Zuboff a théorisé ce mécanisme sous le nom de « capitalisme de surveillance » : les données comportementales, produites gratuitement par les utilisateurs, sont extraites, analysées et revendues sous forme de publicité ciblée, ce qui finance la gratuité apparente du service.

Source : Surveillance capitalism, Wikipédia (en anglais), consulté en 2026.

Des plateformes incontournables

Cette dynamique concentre progressivement l’essentiel des revenus publicitaires numériques autour d’une poignée d’acteurs en position quasi monopolistique. Cette concentration leur donne un poids qui dépasse largement le champ du numérique : santé, politique, diplomatie, aucun de ces sujets n’échappe plus à leur influence.

Ce n’est pourtant pas une fatalité : reprendre la main sur ses propres données et sur l’hébergement de ses outils reste possible, à l’échelle d’une petite structure comme d’un site plus large (voir par exemple notre retour d’expérience sur la refonte de posthack.com).

Frise illustrant le passage du Web 1.0 au Web 4.0 Du Web 1.0 aux promesses (et aux limites) du Web 4.0

La suite de cette histoire se joue sur les réseaux sociaux eux-mêmes : de la simple publication à la « Social Media », puis vers ce que certains appellent déjà le Web 3.0. Pour visualiser comment ces influences circulent aujourd’hui entre plateformes, notre outil Réseaux d’influences cartographie ces liens.


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