D'où vient l'IA ?

Chapitre 2 · 70 ans d'histoire et une machine à deviner le mot suivant

L’IA n’est pas tombée du ciel en 2022. Elle a 70 ans d’histoire, faite de promesses énormes, de déceptions retentissantes et d’une accélération finale que presque personne n’avait vue venir.

1950 : Turing pose LA question

Le mathématicien britannique Alan Turing publie « Computing Machinery and Intelligence » dans la revue Mind et demande : « Les machines peuvent-elles penser ? ». Son test, vous l’avez fait passer au chapitre précédent : si une machine discute sans qu’on la démasque, elle a gagné.

1956 : le nom est inventé… puis tout le monde déchante

À l’été 1956, un séminaire à l’université de Dartmouth (États-Unis) lance officiellement le champ de recherche ; la proposition fondatrice de 1955 contient la première apparition écrite du terme « intelligence artificielle ». Les promesses sont énormes, les résultats maigres : les financements s’effondrent à deux reprises. On appelle ces périodes les « hivers de l’IA ». Pendant 50 ans, l’IA déçoit.

Puis trois ingrédients se rencontrent

  • 1997 : l’ordinateur Deep Blue d’IBM bat le champion du monde d’échecs Garry Kasparov. La force brute de calcul.
  • 2012 : un réseau de neurones (AlexNet) écrase le concours mondial de reconnaissance d’images. Le déclic de l’« apprentissage profond » : les machines apprennent à partir d’exemples au lieu de suivre des règles.
  • 2017 : des chercheurs de Google publient une nouvelle recette de calcul, les « transformers », qui permet d’avaler des montagnes de texte (c’est le « T » de GPT).

La recette finale : des données massives + des puces surpuissantes + cette nouvelle méthode.

30 novembre 2022 : le monde bascule

OpenAI met ChatGPT en ligne. D’après une estimation d’analystes (UBS, à partir des données de trafic Similarweb, février 2023), le service atteint environ 100 millions d’utilisateurs en deux mois : l’adoption grand public la plus rapide de l’histoire à l’époque. TikTok avait mis 9 mois. Début 2026, OpenAI revendique 900 millions d’utilisateurs par semaine (chiffre déclaratif, non audité).

Comment ça marche, vraiment : le perroquet statistique

Oubliez les images de cerveau électronique. Une IA générative est une machine à deviner le mot suivant.

Complétez comme le ferait une IA : « Les vaches regardent passer les... »

  • A. nuages
  • B. trains
  • C. touristes
Voir la réponse

Réponse : B, très probablement. Non pas parce que c’est « vrai », mais parce que dans les milliards de pages que la machine a lues, « les vaches regardent passer les trains » est de très loin la suite la plus fréquente.

C’est tout le principe : l’IA a lu des milliards de textes écrits par des humains et complète ce qu’on lui donne, mot après mot, en choisissant à chaque fois la suite la plus probable.

D’où l’expression de « perroquet statistique » : la machine restitue des enchaînements de mots plausibles, avec une aisance spectaculaire, sans rien comprendre de ce qu’elle dit.

Elle ne « sait » rien. Elle ne vérifie rien. Elle complète. Retenez cette phrase : tout le reste du cours en découle. Et au prochain chapitre, vous allez le vérifier vous-même.


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