L’IA a l’air immatérielle : une page blanche, une réponse instantanée. En coulisses, elle consomme de l’eau, de l’électricité et du travail humain. Trois quiz d’estimation, chiffres sourcés à l’appui. Jouez le jeu : choisissez avant de déplier.
💧 L’eau
Combien de réponses de ChatGPT faut-il pour « boire » une bouteille de 50 cl d'eau ?
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Réponse : C. Entre 10 et 50 réponses de longueur moyenne (pour le modèle GPT-3), en comptant le refroidissement des serveurs et l’eau consommée pour produire leur électricité.
Source : Li, Yang, Islam et Ren (UC Riverside / UT Arlington), « Making AI Less Thirsty », 2023, version révisée publiée dans Communications of the ACM en 2025.
À savoir : c’est une estimation académique sur un modèle de 2020, très variable selon le lieu et la saison. Les chiffres publiés depuis par les industriels sont bien plus bas (Google annonce 0,26 ml par requête en 2025), mais sur un périmètre plus étroit et sans audit indépendant. L’ordre de grandeur honnête : personne ne le connaît précisément de l’extérieur, et c’est déjà une information.
👤 Le travail humain caché
Pour rendre ChatGPT « présentable », des travailleurs au Kenya ont trié les pires contenus du web. Payés combien de l'heure ?
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Réponse : C. Entre 1,32 et 2 $ nets de l’heure, pour lire et étiqueter des descriptions de violences extrêmes, huit heures par jour, afin d’entraîner le filtre de sécurité de ChatGPT.
Source : enquête de Billy Perrigo, TIME, 18 janvier 2023, appuyée sur des documents internes et des témoignages. Le sous-traitant Sama conteste en partie (jusqu’à 3,74 $ primes comprises).
La « magie » de l’IA repose aussi sur des centaines de milliers de « travailleurs du clic », le plus souvent dans des pays à bas salaires, qui annotent les données et filtrent le pire du web. Plusieurs ont décrit des traumatismes psychiques durables.
⚡ L’électricité
Une question posée à ChatGPT consomme autant d'électricité que...
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Réponse : un peu les trois. L’estimation académique de 2023 donnait environ 3 Wh par requête (l’ampoule 20 minutes). Les chiffres publiés en 2025 par les industriels tournent autour de 0,24 à 0,34 Wh (l’ampoule 2 minutes), mais sans audit indépendant. La réponse C reste donc techniquement la plus juste.
Sources : de Vries, revue Joule, octobre 2023 · Epoch AI, février 2025 · Google, août 2025 (0,24 Wh par requête médiane) · Sam Altman, juin 2025 (0,34 Wh).
Même petite, une requête se multiplie par des centaines de millions d’utilisateurs quotidiens. Et il faut ajouter l’entraînement : celui du seul GPT-3 a consommé 1 287 MWh (Patterson et al., 2021), l’équivalent de la consommation électrique annuelle de centaines de foyers. En France, le numérique dans son ensemble représente déjà 4,4 % de l’empreinte carbone nationale (ADEME/Arcep, janvier 2025).
Méfiez-vous au passage d’un chiffre qui circule beaucoup : « une requête ChatGPT = 10 recherches Google ». Il combine une déclaration de 2023 et une mesure de 2009 : ce n’est pas une mesure, et il est probablement faux aujourd’hui. Un chiffre viral n’est pas un chiffre vérifié, ce qui est précisément le sujet de ce cours.
Et le carburant, c’est aussi vous
- Vos photos publiées, vos avis, vos messages de forum ont très probablement déjà servi à l’entraînement, sans qu’on vous demande votre accord.
- Ce que vous tapez dans un chatbot peut servir à entraîner les modèles suivants. C’est souvent réglable dans les paramètres, et rarement désactivé.
- Trois entreprises américaines (Amazon, Microsoft, Google) concentrent environ 63 % du cloud mondial où tournent ces IA (Synergy Research, 1er trimestre 2026). Vos conversations traversent leurs serveurs.
Aucun de ces coûts n’apparaît à l’écran quand vous tapez une question. Les connaître, c’est pouvoir choisir : quand l’IA vaut le coût, et quand une recherche classique, un livre ou un coup de téléphone suffisent.
